Réunion des travailleurs sans-papiers grévistes et de leurs soutiens tenue à Evry le 7.01.2010 à l'initiative de l'UD de la CGT
Par pcf-corbeil le dimanche, 10 janvier 2010 - Social
La neige, tombée en abondance ce jour-là, n'a pas entamé la combativité et la détermination des participants à cette réunion dont la caractère, largement unitaire et pluraliste, dépassait de loin le cadre syndical. Une centaine de présents venus de toute l'Essonne, et une salle largement "colorée", de celles qu'affectionne particulièrement le maire de la ville où s'est tenue la soirée. Car cette réunion, inaugurant une nouvelle année de luttes (et, nous l'espérons, de succès de ces luttes) des travailleurs sans-papiers, était avant tout la leur, celle où nous, représentants des forces politiques, syndicales, associatives, citoyennes de soutien étions "à côté", mais non les principaux intéressés. Une réunion où les militants que nous sommes ont laissé la priorité de la parole à ceux qui d'habitude ne l'ont pas, à ceux-là même qui parfois ont du mal à la prendre en public. Une soirée chaleureuse, malgré le froid glacial du dehors, une soirée où s'est réaffirmée la volonté d'aller jusqu'au bout, de sortir du mouvement la tête haute avec des papiers pour tous.
Soirée d'information et d'étape, où Raymond Chauveau, qui coordonne cette lutte à la CGT nationalement, nous a fourni les informations les plus récentes sur le nombre de grévistes déclarés (6000, six mille), le nombre d'entreprises touchées (2100, deux mille cent) et le nombre de départements concernés (40, quarante). En trois simples chiffres, l'ampleur d'un combat qui ne faiblit pas depuis le 12 octobre 2009, mais qui s'étend, se renforce, s'enracine. Même si nous avons souvent l'impression que les salarié(e)s grévistes se trouvent tous en Île-de-France, les 40 départements concernés montrent que cette image médiatique est trompeuse et que plusieurs salarié(e)s, isolé(e)s dans des sites éloignés, "montent" en IDF pour se joindre à leurs collègues de la même entreprise où il existe déjà des piquets organisés. Cette lutte est donc celle des salarié(e)s sans papiers de toute la France et pourrait déjà donner une bonne leçon d'"identité nationale" (sic) au ministre Besson, dont le débat commence à prendre des tournures bien sinueuses et gênantes. Car ces "étrangers" qui travaillent et vivent en France sont des personnes désirant cotiser à la Sécurité Sociale (bien française) et devenir des habitants de ce pays comme tout le monde, obtenir les droits que la loi (française) accorde à tous les salariés, et confirmer leur participation à la marche de l'économie (française). Quoi de plus "identitaire" que tout cela?
Un combat donc de salarié(e)s pour leurs droits. Mais aussi, comme nous l'avons souligné de la part du PCF, un combat pour la justice et la dignité humaine, et une brèche ouverte dans le capitalisme mondialisé, dont les représentants bien-pensants n'arrêtent pas d'asséner que le monde est désormais "ouvert", que la mondialisation a conduit au "rapprochement" des gens sur la planète, et que le travail n'a jamais été aussi "libre" de circuler sans frontières. Ce même capitalisme dresse des barbelés et des barrières pour les êtres humains, exploite sans vergogne les travailleurs avec (et surtout sans) papiers, ne favorise la libre circulation dans le "village planétaire" que quand il s'agit de l'argent: voilà pourquoi cette lutte est pour nous, communistes, une lutte emblématique de nos aspirations politiques.
Les deux élus du conseil général qui se sont exprimés, Marie-Pierre Oprandi (groupe PG) et Carlos Da Silva (groupe PS) ont souligné le rôle des collectivités locales et territoriales de gauche comme soutien moral, mais surtout humanitaire: car les difficultés matérielles, à l'issue de ces longs mois de grève, sont criantes, et les grévistes ne peuvent compter pour les surmonter que sur notre solidarité. Ce sont d'ailleurs plusieurs témoignages de grévistes, très émouvants et pudiques, qui en ont fait état: non, on ne "quémande" pas, mais on expose ce que chacun d'entre nous sait très bien, ce à quoi le grand public ne songe pas automatiquement, à savoir les loyers impayés, la difficulté pour les familles avec enfants, la peur de l'expulsion locative qui s'ajoute à celle de l'expulsion tout court et aux brimades patronales.
Voilà donc les patrons: Raymond Chauveau a bien expliqué la gêne qui commence à gagner le camp patronal et qui s'exprime par voie d'articles de la presse notamment économique. Les patrons ne sont certes pas des philanthropes, ne sont peut-être pas animés par des sentiments de soutien à la juste cause des grévistes, mais sont des pragmatiques qui regardent l'intérêt de leurs entreprises. Et c'est ces intérêts-là qui pourraient se trouver sérieusement compromis, si ce mouvement s'enlisait, s'étendait, se radicalisait. Car, tous les représentants syndicaux l'ont affirmé, une extension et une radicalisation d'un tel mouvement pourrait, à la longue, devenir une maladie plus contagieuse et dangereuse pour le patronat que la... grippe A !!!
L'unité syndicale était exemplaire et impressionnante. À part la CGT qui organisait, la FSU, la CFDT, Solidaires, l'UNSA, la CNT se sont exprimées dans le même esprit combatif, avec le même objectif: la circulaire UNIQUE de régularisation sur des critères UNIFORMES, hors du cas par cas et de l'arbitraire préfectoral. Dans ce domaine, il est édifiant d'apprendre que la Préfecture de l'Essonne incarne bien cet arbitraire, car elle ne respecte même pas les quelques règles de traitement des dossiers issues du précédent mouvement de 2008...
Les nombreuses forces associatives et citoyennes actives dans les comités de soutien ont également apporté leur précieuse pierre à l'édifice des combats: la Maison du Monde d'Evry, ATTAC, la LDH, le Secours Populaire, RESF, mais aussi des citoyens engagés dans des associations de locataires ou d'autres, juste intéressés par ce combat et désireux d'y participer. Associations, syndicats, partis politiques (PS, PG, PCF, NPA), élus (les conseillers généraux précités, des conseillères municipales d'Evry et de Corbeil – Pascale Prigent –, la sénatrice Marie-Agnès Labarre présente – le sénateur Bernard Vera (PCF), absent, avait envoyé un message), nous étions tous impressionnés quand les grévistes ont commencé à prendre la parole. Au début ceux qui avaient préparé des interventions parlant au nom de leurs collègues, mais peu à peu les autres, ceux qui se lançaient dans le seul but de nous faire partager leur vie et leur combat. Et parmi ces témoignages, minoritaires mais tellement forts, ceux des femmes: dans ce mouvement, surtout dans notre département où les grévistes sont en majorité des hommes, les femmes ont une place importante non par leur nombre, mais par leur présence, par la volonté farouche qui les anime, par leur courage, par leur volonté de revendiquer une place non pas "spécifiquement" féminine, mais tout simplement celle de l'égalité.
Cette réunion a aussi servi à identifier quelques questions d'ordre particulière, comme celle des sans-papiers chômeurs (car les intérimaires ne travaillent pas tout le temps), encore plus difficiles à organiser dans le mouvement; elle a servi à valoriser les succès, grâce aux témoignages des "anciens" sans-papiers régularisés après les grèves de 2008 (très applaudis); elle a servi à remettre sur le devant de la scène le problème de la sous-traitance, c'est-à-dire la technique utilisée par des grandes entreprises très connues de la distribution, du bâtiment, des travaux publics etc. pour employer les sans-papiers sans le dire, soucieuses de leur "image de marque sociale" (sic). Enfin, cette réunion a surtout servi à coordonner toutes les actions des soutiens, afin d'être le plus efficace possible pour les grévistes, dont l'objectif actuellement est de revendiquer auprès de leur employeur le CERFA, document qui atteste leur emploi dans l'entreprise, dûment signé. Ces précieux documents, centralisés par la CGT, ne signifient pas la fin de la grève, ou la normalisation de la situation. Mais leur importance, à faire valoir devant le ministre du travail, peut être mesurée par le fait que les patrons ne les accordent pas facilement, qu'ils les refusent même parfois, c'est pourquoi les grévistes demandent d'être soutenus et accompagnés dans leurs démarches.
L'équivalence "un gréviste = un CERFA" est le premier objectif commun à tous. Le second, avant l'obtention de la circulaire qui constitue le but ultime, c'est la médiatisation du combat et l'aide financière. C'est pourquoi nous avons décidé d'organiser dans une ville de l'Essonne (celle qui prêtera gratuitement une grande salle) une manifestation festive et musicale, afin de récolter des fonds. Ce sera aussi un combat où les villes sollicitées pourront montrer leur solidarité en actes. Bien évidemment, rassemblements devant les entreprises et autres "dévoilements" de l'identité des donneurs d'ordre de quelques sous-traitants essoniens qui ont habilement caché pour qui ils travaillent, restent à l'ordre du jour, coordonnées par les syndicats.
À la fin de cette soirée si diverse, riche, unitaire, de cette entrée militante si emblématique à l'année 2010 qui vient de commencer, nous étions tous conscients que cette lutte est aussi la nôtre: comme titrait l'Humanité Dimanche il y a quelques semaines, aujourd'hui nous savons "pourquoi il faut dire merci aux grévistes sans-papiers". Cette lutte est est aussi la nôtre: mais le plus important c'est qu'elle est la lutte de femmes et d'hommes debout, et que la victoire finale sera la leur.
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