Enfin, des visas et autorisations de séjour vont être délivrés à titre humanitaire pour les victimes dont l'état de santé nécessite un traitement médical spécialisé en France.

« La réaction de la France doit être à la hauteur de sa tradition républicaine d'accueil, de solidarité et d'humanité, et des liens historiques et culturels profonds qu'elle entretient avec le peuple haïtien », souligne le ministre.

Le ministère n'était pas en mesure d'indiquer le nombre de personnes concernées, que ce soit pour la suspension des expulsions ou le dispositif d'accueil.

Voilà donc que le ministre des expulsions se transforme en philanthrope, en républicain, presque en militant humanitaire. Info ou intox?

Sans douter de la véracité de cette dépêche, on est en droit de porter un jugement sur ce revirement soudain du ministre et de ses valeureux services. Un jugement loin d'être élogieux ou même positif ou juste indulgent. Car la première pensée qui nous vient à l'esprit c'est l'ampleur de l'hypocrisie, du faux-semblant, les tonnes de larmes de crocodile versées. Faut-il le répéter ? Ce ministre, il n'y a pas si longtemps, a expulsé des Afghans dans un pays en guerre, où les Français se font tuer tous les jours, même si ce sont des militaires. Ce ministre refuse toujours la reconnaissance de leurs droits aux 6000 travailleurs/-euses sans-papiers en grève depuis octobre et les livre à l'arbitraire des sous-chefs de préfecture. Enfin, ce ministre impulse sans aucune honte le débat maudit sur « l'identité nationale » (sic), contre vents et marées, en ne tenant même pas compte des voix de son propre parti politique qui le réprouvent. Sans parler des chiffres qui mesurent la réussite (?) de ses agissements d'épuration de la France de ces étrangers, plus dangereux que le virus de la grippe A. Et aujourd'hui, ce même ministre ouvre ses bras aux Haïtiens, ému par la catastrophe qui a frappé leur pays...

Faudrait-il donc qu'une catastrophe de la puissance de celle-ci s'abatte sur l'Afghanistan, ou sur d'autres pays dont la France accueille les ressortissants, pour qu'ils deviennent, du coup, des personae gratae, quand hier ils et elles étaient bons pour les charters ? Faudrait-il une telle catastrophe pour que les jeunes lycéens ou étudiants sans-papiers soient admis à partager le savoir de leurs condisciples français sans crainte de contamination? Faudrait-il qu'un pays entier soit détruit, que sa population soit décimée pour qu'on admette que les migrants, clandestins ou non, sont des personnes humaines qui ont droit à la santé, aux soins qui pourront les guérir dans des hôpitaux ou auprès des médecins français, mais qui manquent dans leur pays ? M. Besson aurait-il besoin d'un autre tsunami pour arrêter ses ignobles travaux ?

 

Ce soir, après une journée entière consacrée à la solidarité avec ce peuple martyr, laissons là le ministre hypocrite et inhumain, abandonnons-le aux bras du Morphée qui s'appelle Front National, et allons à l'essentiel. Patrick Le Hyaric nous le rappelle dans son éditorial de l'Huma d'aujourd'hui http://www.humanite.fr/2010-01-14_International_Solidarite-Haiti : Haïti attend que la France paie sa dette accumulée depuis Richelieu ; Haïti attend que les puissants de ce monde prennent exemple sur la solidarité populaire, et que le FMi et autres prédateurs cessent leur mainmise ; Haïti mérite mieux que le sort politique qui a été le sien dans la complicité de quelques-uns et l'indifférence de beaucoup d'autres. Haïti, qui, en 2007, nous a bouleversés avec les émeutes de la faim (rappelez-vous, ces photos insoutenables des galettes pétries de boue...) a besoin de nous. Non seulement en ces premiers moments cruciaux après le désastre, mais dans un soutien et une solidarité de tous les jours.