Haïti, l'aide dans une mer de difficultés
Par pcf-corbeil le vendredi, 15 janvier 2010 - International
Selon l’ONU, 3,5 millions de personnes vivaient dans la région la plus meurtrie par le séisme, Port-au-Prince et ses environs. Les secours s’organisent malgré une foule d’obstacles.
Les secours ont commencé à converger vers Haïti, depuis jeudi, après le séisme qui a détruit la capitale, Port-au-Prince. Mais l’afflux d’aides se heurte à une foule d’obstacles, le petit aéroport est vite saturé et le port est détruit. Dans le chaos ambiant, les routes et les avenues jonchées de gravats sont difficilement praticables, tandis que des milliers de personnes, sans toit, ont trouvé refuge sur la moindre parcelle dégagée. La noria des avions militaires et civils est actionnée au rythme de l’urgence. Celle-ci est telle que même des ennemis aussi irréductibles que Cuba et les États-Unis ont fini par s’entendre. Washington a annoncé hier avoir obtenu exceptionnellement l’accord de La Havane pour utiliser l’espace aérien cubain afin d’accélérer l’arrivée des secours. Une première depuis 1961 !
Le tremblement de terre de mardi a semé la désolation. L’eau manque, le téléphone et l’électricité sont anéantis. La situation du programme alimentaire mondial (PAM), qui doit coordonner la distribution de nourriture, s’avère problématique. Le PAM, dont les réserves ont été pillées à Port-au-Prince, prévoit une assistance d’urgence pour deux millions d’Haïtiens totalement démunis, a indiqué à Genève une porte-parole, Emilia Casella. Il s’agit de kits, notamment des biscuits très caloriques, permettant de se nourrir sans avoir à cuisiner. L’ONU a dressé un premier état des énormes besoins humanitaires pour plus de 300 000 sans-abri. Face à l’ampleur des dégâts, les Nations unies s’apprêtaient à lancer un appel de fonds d’urgence à New York.
L’organisation a reçu des promesses d’aide à hauteur de 268,5 millions de dollars d’une vingtaine de pays, institutions et entreprises. Paris a avancé l’idée d’une conférence internationale pour la reconstruction, organisée par les pays contributeurs comme les États-Unis, le Brésil et le Canada, ainsi que l’annulation de la dette de 54 millions d’euros due par Haïti à un groupe informel de créanciers (club de Paris).
Si les agences onusiennes se refusent à confirmer le chiffre de 50 000 morts donné par la Croix-Rouge, elles estiment que 3,5 millions de personnes ont subi les secousses les plus violentes à Port-au-Prince et ses environs. « Dix pour cent des habitations à Port-au-Prince ont été détruites », soit 300 000 sans-abri, explique le bureau de coordination des affaires humanitaires (Ocha) de l’ONU dans une note. Au total, 30 % des bâtiments de la ville seraient dévastés ou gravement endommagés. La Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah), dont le siège s’est écroulé comme un château de cartes, faisant au moins 36 morts parmi ses employés, évoque certaines zones de la capitale détruites à 50 %. La priorité, c’est de secourir les vivants, ceux encore enfouis sous les décombres. Le temps presse. Beaucoup de blessés sont livrés à eux-mêmes. Au moins huit hôpitaux et centres de soins ont été détruits. Les blessés attendent. Selon l’AFP, ce qui reste de l’Hôpital central sert surtout de morgue. Le président Préval a annoncé que 7 000 victimes avaient déjà été inhumées dans une fosse commune. La Croix-Rouge dit manquer de sacs pour recueillir les cadavres.
Depuis mercredi, des dizaines de survivants ont été extraits des amas de pierre et de béton, quatorze notamment ont pu être sortis des ruines de l’hôtel Montana. La France a commencé hier à rapatrier une centaine de rescapés de diverses nationalités, pendant que les secouristes faisaient face à l’urgence sur place et que l’élan de solidarité montait en puissance. Mais selon le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, une soixantaine de nos compatriotes manquent toujours à l’appel.
Bernard Duraud
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